PostHeaderIcon Débat autour d’une technologie éducative

Ici s’affrontent deux représentations du monde de l’éducation. J’hésite de plus en plus à utiliser le mot paradigme tel que utilisé par Jacques Tardif car il fait référence à deux conceptions opposés. Pour moi, un paradigme est plutôt une représentation, une façon d’être, une combinaison de valeurs, de perceptions, de croyances émanant de la pratique. La pédagogie ne peut être représenté comme deux pôles opposés comme pour un aimant. Donc, je crois de moins en moins aux paradigmes de l’apprentissage et de l’enseignement puisqu’ils font partie intégrante de la relation pédagogique.

Je n’ai pas osé m’immiscer dans l’échange puisque ma réflexion est plus nuancée depuis quelques temps. Je pense encore que le TBé (j’enlève le “i” car je ne suis pas persuadé de la totale interactivité de l’outil pour le remplacé par l’initiale “é” de électronique) est bien plus un outil pour enseigner que pour faire réaliser des apprentissages.

Il n’en demeure pas moins qu’à l’intérieur de ce débat, j’ai constaté que l’on tombait dans la généralisation. Je pense que l’utilisation dépend de l’usage que fera l’enseignant. L’enseignant traditionaliste l’utilisera pour enseigner et l’enseignant novateur cherchera des façons de faire participer, de faire interagir ses élèves. Ce n’est pas l’outil qu’il faut questionner, c’est l’usage que les enseignants en feront.

De plus, je pense qu’il est sain que des conseillers pédagogiques se questionnent et se positionnent sur le potentiel pédagogique d’un outil technologique. Ils ont le temps de le faire et ils sont bien payé pour cela. Ils doivent interroger et expérimenter pour être en mesure de répondre aux questions du gestionnaire qui veut bien gérer les deniers publics et l’enseignant qui se demande ce qu’il pourrait bien faire avec l’outil. Mais, nous sommes toujours perçus comme des empêcheurs de tourner en rond lorsque nous émettons un conseil qui ne va pas dans le sens attendu

Le temps et l’expérience n’atténue en rien le fait que je me sens toujours piqué à vif lorsqu’on dénigre ma profession. Et ce qui me choque encore plus, c’est que l’affront provient de quelqu’un qui dit avoir été conseillé pédagogique. Comme quoi, le ridicule ne tue pas.

Je me rends compte que le fait de tenir un blogue me permet d’objectiver ma pratique et de nommer ce qui m’irrite.

Mise à jour - 20 septembre 2009: Gilles parle du TBé ici. Source: Mario tout de go.

9 réponses à to “Débat autour d’une technologie éducative”

  • Pierre Lachance dit :

    Bonjour Martin,

    je ne sais pas si tu étais à la présentation de Jacques Daignault sur : les TIC sont porteuses de valeurs, elles ne sont pas neutres. C’est, entre autres, pourquoi j’hésite à penser que ce n’est qu’une question d’usage par l’utilisateur, qui est, en passant, très seul face aux TIC (manque cruellement de formation, accompagnement, support…).

    J’aime bien ta nouvelle définition de paradigme, mais il y a tout de même une grande opposition entre les deux visions. Mais tu sais, si on applique suffisamment de force (c’est cette force qui est difficile à produire pour les paradigmes) sur deux aimants, on pourra coller les deux pôles nord ;o)

    Finalement, pour le dénigrement de notre profession, ça ne me préoccupe pas quand la seule arme est l’insulte.

    Au plaisir mon ami.

  • mberube dit :

    Salut Pierre,

    C’est ma nouvelle bête noire ces temps-ci. Selon moi, il ne devrait pas y avoir de tension entre les deux pôles, mais une oscillation, un va et vient continuel entre ceux-ci comme pour un balancier pour tenter de trouver un équilibre. Mais, il est évident que le modèle centré sur l’enseignement crée une force qui empêche l’oscillation. Je pense que nommer cette difficulté permet de faire réaliser des prises de conscience. C’est ce qui m’a frappé cet été avec les enseignants et les inspecteurs tunisiens. D’ailleurs, ils ont beaucoup apprécié que je leur fasse faire cette prise de conscience. Comme quoi, nul n’est prophète en son pays ;o)

    Je ne sais quelle mouche m’a piqué, mais je suis aussi de moins en moins tolérant avec ceux qui dénigrent ma profession. Je suis et j’ai toujours été pour la reconnaissance et la valorisation de la profession enseignante. J’exerce aussi une profession qui mérite respect. Je ne suis pas enseignant, mais je ne suis surtout pas patron. Ce que je souhaite par-dessus tout, c’est la réussite des élèves et j’essaie d’y contribuer avec tout le professionnalisme qu’exige ma profession. Je conseille au mieux que je le puisse en fonction de la perspective qui m’est donnée. Et comme tout conseil, les gens peuvent le prendre ou s’en passer; je vis très bien avec cela. Mais, de là à insinuer que je ne suis qu’un “pelleteux de nuages”, il y a une limite!

    Désolé pour la montée de lait :-)

    Heureux de voir que tu suis l’évolution de ma réflexion dans ma nouvelle incarnation professionnelle :o)))
    Ce sera toujours un plaisir de t’accueillir dans mon Auberge espagnole.

    Amitiés

    Martin

  • Gilles Jobin dit :

    Salut Martin,
    Je ne pense pas qu’on puisse osciller d’un paradigme à l’autre.
    Ex. A- Le soleil tourne autour de la terre (physique aristotélicienne)
    B- La terre tourne autour du soleil (Copernic)
    C- On ne peut prouver ni A) ni B). Il faut juste choisir le point de vue qui fait notre affaire et construire le modèle physique en conséquence, les lois physiques restant, par ailleurs, les mêmes. (Einstein).
    Aujourd’hui, la grande majorité des gens sont dans le paradigme B et refuseront systématiquement le paradigme A.
    Et quand je mentionne la relativité d’Einstein, presque tout le monde me regarde d’un air bizarre et semble penser “Mais TOUT LE MONDE __sait__ que c’est la terre qui tourne autour du soleil”. Et là, j’explique que selon les équations de la relativité, si la Terre ne bouge pas, l’effet gravitationnel de l’univers qui tourne autour aplatirait les pôles… (Lire, à cet égard, l’excellent ABC de la Relativité de B. Russell publié dans les années 20). Mais on continue de croire que la terre bouge “vraiment”.

    Tardif a assez bien campé les deux paradigmes en éducation soit celui de l’enseignement et celui de l’apprentissage. Et je pense vraiment qu’on est dans l’un OU (le «ou» exclusif) dans l’autre. Ce qui ne veut pas dire que, étant dans un paradigme, on ne puisse utiliser des “techniques” de l’autre.

    C’est dans la «pensée» que tout se passe.

  • mberube dit :

    Salut Gilles!

    Bienvenue dans mon auberge espagnole :-)
    C’est la raison pour laquelle je dis d’entrée de jeu que je ne crois pas au paradigme de l’enseignement et au paradigme de l’apprentissage. Je suis de plus en plus persuadé que M. Tardif fait fausse route en associant l’enseignement et l’apprentissage à des paradigmes. D’ailleurs, à ce que je sache, c’est le seul théoricien de l’éducation à y faire référence. Mais bon, si ce n’est pas le cas, que l’on me donne des noms et que l’on me cite des ouvrages.

    C’est pour cette raison que je tiens le raisonnement précédent. Mais, je peux faire fausse route! :o)

    Martin

  • André Roux dit :

    Wow !

    Est-ce qu’on va toujours avoir des discussions de ce calibre là ici ? Si c’est le cas, je m’inscris pour faire du Time Share dans ton Auberge espagnole Martin !

    Un plaisir de te lire à nouveau.. un plaisir de voir le niveau des commentaires….

  • mberube dit :

    Bonjour André,

    Bienvenue dans mon auberge.

    Je ne sais si nous allons tenir le rythme, mais j’apprécie échanger avec mes visiteurs. Il semble que ce soit l’apanage d’une Auberge espagnole! Les gens arrivent de tous horizons, passent un certain temps et repartent vers d’autres horizons en ayant fait un gain. En tout cas, j’ose l’espérer.

    Au plaisir de lire tes commentaires qui seront toujours les bienvenus.

    Martin

  • Mario Asselin dit :

    Assez d’accord avec le point de vue de Gilles sur le fait qu’on est dans un ou on est dans l’autre (paradigme). Joël Barker a bien décrit (en se basant sur les travaux de Thomas Kuhn) certains effets paradigmes…
    1- «L’information dans le nouveau paradigme est virtuellement invisible pour ceux qui continuent de “voir” dans l’ancien paradigme.»
    2- «Pour découvrir les frontières de son paradigme, il faut se poser la question : qu’est-ce qui est pratiquement impossible à faire maintenant mais qui, le devenant, changerait complètement la qualité de notre organisation?»
    3- «Il faut souvent chercher en périphérie de notre organisation pour trouver les gens qui apporteront les nouveaux paradigmes.»
    4- «Les réussites d’hier ne garantissent rien; tout le monde repart à zéro!»

    Malgré tout, je crois que le TBI (j’aime bien ton TBé) pourrait avoir un rôle à jouer, momentanément, pour agir en passeur. Une sorte de zone «démilitarisée» où un prof reste dans son paradigme, mais se fait prendre au jeu d’aller jouer avec les frontières…

  • mberube dit :

    Bonjour Mario,

    Bienvenue à toi aussi.

    En passant, voici une preuve que ma réflexion ne date pas d’hier. C’est plaisant parfois de se relire.

    Je poursuis ma réflexion…

    Martin

  • Bonjour à tous

    Je me devais de m’exprimer à nouveau. Je crois que mon commentaire sur le blogue de M.Giroux a eu un effet “choc”. Le but n’était pas de dénigrer le travail des CP, au contraire, je sais très bien de quoi il est question. Je dois alors m’excuser d’avoir froisser certaines personnes.

    Cependant, je m’aperçois que c’est probablement la première fois qu’un outil technologique soulève autant les passions. La question que je me pose: Pourquoi ? D’accord il y a des bons et des mauvais côtés mais de là à foutre l’outil en l’air, pas sûr. En relisant des passages d’une entrevue refusée de M.Jobin sur son blogue où il mentionne que “l’enseignement magistral est RIDICULE. Apprendre en écoutant quelqu’un d’autre est une aberration.” Wow !! J’ai beau ne pas être d’accord avec M.Jobin sur l’utilisation des TBI, mais je crois qu’ici nous sommes à un autre niveau. Ce commentaire me pertube beaucoup. Il n’y a aucune nuance et on est à l’autre extrême du pôle. Un peu extrémiste. Je crois qu’il faudrait vraiment trouver des façons d’optimiser l’utilisation des TBI. Beaucoup d’écoles achètent ces outils. C’est facile de dénigrer les choix des enseignants et écoles. Essayons plutôt de travailler dans un but commun: celui d’aider les élèves et de les faire progresser.

    (Le changement de paradigme) D’un autre côté, lorsque j’étais CP, c’était à l’an 1 de la réforme au secondaire et j’ai donné plusieurs formations dites “magistrales”. À ce moment, en discutant avec mes collègues CP de ma CS et des auttres CS au Québec, j’avais l’impression que c’était le même type de formation qui était donné. Évidemment qu’il y avait des incursions de manipulations, d’enseignement stratégique, de coopération, de mind-mapping, etc… mais est-ce qu’il aurait fallu plus ? Est-ce qu’il aurait fallu animer de la même façon que l’on voir apparaître dans les classes des enseignants ? Je jongle encore avec cette question même après 4 ans. Je vous laisse le soin de m’éclairer. Ce que je remarque par contre c’est qu’il me semble plus facile de laisser le magistral lors d’ateliers axés sur les TIC…est-ce que je fais fausse route ?

    Au plaisir de lire vos commentaires ;o)

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